Armes : petit trafic et gros dégâts Armes: petit trafic et gros dégâts |  | Des centaines d'armes circulent en Guadeloupe. Elles proviennent essentiellement de cambriolages. Mais d'autres sont issues du trafic.
Avant de mourir, le jeune homme abattu vendredi à Lauricisque (lire notre édition de lundi) a eu le temps de décrire l'arme de son agresseur : un fusil à canon scié. « Il s'agit certainement d'un fusil de chasse, très probablement un calibre 12, à crosse et canons sciés. C'est l'arme que l'on rencontre le plus fréquemment ici. » Philibert Badlou sait de quoi il parle : responsable depuis 3 ans du service balistique à la police judiciaire (PJ), il voit passer entre ses mains toutes les armes à feu saisies aux Antilles-Guyane. L'année dernière, il en a expertisé 39, saisies dans la seule Guadeloupe. Pourquoi un tel engouement pour les fusils de chasse à canon scié ? Parce que c'est l'arme la plus facile à se procurer : des milliers de particuliers en détiennent dans l'archipel, et des dizaines disparaissent chaque année, avec leurs munitions, lors des cambriolages. « Mais le chouchou des jeunes délinquants, c'est le fusil à pompe. Peut-être parce que le simple fait d'actionner la pompe est un geste terrifiant. C'est considéré ici comme une arme de caïd. » Ce type d'arme est extrêmement dangereux. Le chargeur peut contenir jusqu'à sept cartouches - calibre 12, les mêmes que pour le fusil de chasse - en général des munitions à chevrotines ou, parfois, à brenek. « La chevrotine n'est plus en vente, mais les voyous réussissent à s'en procurer. Un seul plomb suffit à tuer, et la cartouche en contient neuf... »
Des armes de guerre
Ces fusils représentent la grande majorité des armes saisies. Derrière, on trouve les inévitables armes de poing trafiquées, notamment des pistolets d'alarme bricolés pour tirer des plombs. À courte distance, ça fait des dégâts. Mais les forces de l'ordre sont également - même si c'est plus rare - confrontées à du très sérieux, des armes de poing de gros calibre - dont un 357 Magnum Manurin - et des armes de guerre. « L'année dernière, quatre AK 47, de vrais fusils d'assaut Kalachnikov, ont été saisis. » Et ils ne sont pas apparus à l'issue de cambriolages. Alors, un trafic d'armes ? « A priori, on n'est pas confronté à un réseau structuré d'importation d'armes. Mais il y a, à l'évidence, un petit trafic. Souvenez-vous d'ailleurs que, voici quelques mois, une jeune fille a été interpellée par la douane, à l'aéroport, alors qu'elle était en possession de deux cents cartouches d'AK 47. » Deux cents cartouches de fusil d'assaut, c'est suffisant pour provoquer de gros dégâts. Et ces munitions sont plus faciles à trafiquer que les armes qui les tirent. « Récemment, nous avons saisi chez un particulier tout un arsenal : cinq fusils, plusieurs armes de poing dont un 357, et plus de 1 000 projectiles. L'homme en cause avait le matériel pour fabriquer lui-même ses munitions. » |
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