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Une union Régionale accouchée en 2 mois !


Les postures de ti-kok ou de ti-mal, c'est fini. Promis, juré ont clamé d'une même voix les présidents des Régions Guadeloupe, Martinique et Guyane, hier à l'hôtel de région. Victorin Lurel, Serge Letchimy et Rodolphe Alexandre ont réussi le pari engagé le 16 avril en Martinique de fédérer les trois régions françaises d'Amérique et ils ont tenu à le signifier solennellement en paraphant une déclaration finale qui esquisse en sept grands points les chantiers qu'ils comptent mettre en oeuvre (lire par ailleurs). Car " aucun de nos territoires ne construira sa prospérité contre les deux autres " , assure le président de la Région Guadeloupe, fier et un brin ému d'annoncer la naissance de l'Urag (Union régionale Antilles Guyane).
Il était temps diront certains. Il n'est jamais trop tard pour bien faire penseront les optimistes. " Il y a urgence " répondent les présidents des trois exécutifs. " Les urgences de nos peuples sont aujourd'hui économiques, sociales et culturelles " , précisera Victorin Lurel. " Et il nous est apparu indispensable de créer ensemble un cadre permanent de concertation et d'initative entre nos trois Régions. "

Une belle idée et une nouvelle expérience...

Mais à quoi va servir cette Urag qui doit symboliser une nouvelle façon de concevoir les rapports entre les trois Régions ? À être plus fort lorsqu'il s'agira de défendre des dossiers communs dans les ministères parisiens. Ce sera le cas notamment pour la continuité territoriale pour laquelle les trois Régions ont décidé de demander à l'État d'être impliquées dans les décisions et dans l'opérationnel. L'Urag pour Serge Letchimy, c'est une belle idée mais aussi une nouvelle espérance qui se construit. " Celle de prendre part à un développement qui nous échappe, de ne pas rester éternellement suspendu à un système de subsides " , car après tout, 80% de la biodiversité française se trouve outre-mer, " pourquoi n'en tirons-nous pas les dividendes " , s'interroge le président de la Martinique.
" La convergence de ces trois volontés, ce lyannaj régional, doit nous permettre de jeter des passerelles qui vont unir nos populations " , promet le Guyanais Rodolphe Alexandre. Comme lui, Serge Letchimy a invité les Guyanais, Martiniquais et Guadeloupéens à prendre un nouveau départ, un nouvel élan " pour donner aux jeunes un nouvel espoir pour construire leur avenir " .
Victorin Lurel, Serge Letchimy et Rodolphe Alexandre comptent sur cette union sacrée pour qu'enfin les territoires français des Amériques prennent leur destin en main, maîtrisent leur développement, fassent fructifier leurs richesses locales et que leurs populations profitent de la croissance. " Le seul chemin pour construire une société plus juste, meilleure " .



ILS ONT DIT...
SERGE LETCHIMY, PRÉSIDENT DE LA RÉGION MARTINIQUE : " Nous ne devons pas attendre... Il nous faut discuter "
Serge Letchimy

Cette union change tout. Être 400 000 c'est bien, mais être un million, c'est mieux. Nous sommes conscients qu'il y a un grave problème, nos économies ne se développent pas de façon à permettre de créer suffisamment d'activités pour résorber le chômage. Il faut construire ensemble une nouvelle politique du développement, une vraie mutation économique.
Celle-ci nous impose de consolider nos forces pour définir des politiques fiscales, d'approvisionnement, de relations territoriales. Nous avons des problématiques communes (carburants, continuité territoriale, investissement, octroi de mer). Nous ne devons pas attendre quatre ans en nous regardant en chiens de faïence, il nous faut discuter. Cette union devient une force de discussion vis-à-vis de l'État et de l'Europe. "
RODOLPHE ALEXANDRE, PRÉSIDENT DE LA RÉGION GUYANE : " Une démarche d'écoute et de respect mutuel "
Rodolphe Alexandre

Ces trois journées studieuses nous ont permis d'aborder les problématiques de nos territoires respectifs pour trouver des solutions communes et renforcer des liens qui, par-delà des préjugés et les a priori, sont de par notre histoire des liens indissolubles.
Sur les institutions, par une démarche d'écoute et de respect mutuel, nous sommes parvenus à un accord vers l'obtention pour nos régions de choix de gouvernance à même de valoriser nos identités et de favoriser un développement économique endogène.
S'agissant de l'octroi de mer, nous avons su adopter un langage de vérité... De nombreux problèmes subsistent, mais nous sommes animés par la volonté d'aboutir à des solutions.


3 QUESTION À VICTORIN LUREL, PRÉSIDENT DE LA RÉGION GUADELOUPE : " Ensemble, le gouvernement nous entendra davantage... "
Victorin Lurel

Pouvez-vous concrètement nous donner des exemples qui illustrent qu'à trois, c'est mieux ?

Pour nos entreprises, cette économie de l'échelle, c'est mieux que la performance ou la rentabilité. Pour la manifestation comme le Meeting international d'athlétisme, on peut le faire une fois chez nous, l'autre en Martinique. Le conservatoire de musique, de danse et de théâtre que nous faisons, La Martinique a déjà l'Ira... Moult exemples pour montrer que nous sommes plus forts unis que divisés. C'est une évidence.

Le gouvernement va-t-il vous suivre ?

Un État, républicain et démocrate, ne pourrait pas négliger ce que diraient trois exécutifs sur des choses aussi importantes que nos institutions, aussi importantes qu'un effectif d'élus, que l'armature politique. Faut-il un conseil exécutif ? Faut-il une assemblée délibérante ? Faut-il laisser les choses aux mains d'une seule et même personne ? L'intelligence politique conviendra qu'il nous entende.

Et pour convaincre vos populations de vous suivre...

C'est tout le sujet. C'est de la pédagogie. Nous nous sommes donné les moyens car nous avons pris des engagements. Nous allons expliquer aux populations qu'un million d'Antillo-Guyanais, c'est une force incontestable, que ce soit dans un marché unique, culturel, pour une image de promotion à l'extérieur, de représentation en Europe, à l'association des États de la Caraïbe, pour une demande commune au Caricom... L'État peut nous accompagner pour une meilleure intégration dans nos régions. Ensuite sur la fiscalité, sur la négociation qui se prépare avec le gouvernement. La Guyane et la Martinique l'ont engagée. Je l'ai engagée sur la phase qui est la nôtre, à savoir les dix-huit mois, les options faites par les élus Guadeloupéens. Je pense qu'on est plus forts ensemble. Le gouvernement nous entendra davantage, l'Europe et la Caraïbe également.
  • LA DÉCLARATION FINALE
POLITIQUE
  • Institutions
Les trois Régions demandent :
  • que la collectivité unique ou assemblée unique régie par l'article 73 de la Constitution soit spécifique à chacun des territoires et tienne compte des caractéristiques et contraintes particulières de chacune d'elle, notamment la dotant de nouvelles compétences adossées à des moyens financiers conséquents.
  • la mise en place d'un pouvoir règlementaire local autonome.
  • la mise en place d'un scrutin assurant l'efficacité et l'équité électorales, permettant d'assurer une majorité stable tout en assurant une représentation équilibrée des territoires et des courants d'opinion au sein de chaque assemblée.
  • une révision des modalités d'habilitation et un assouplissement des procédures afin de permettre aux collectivités de fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières pouvant relever du domaine de la loi ou du règlement.
  • Paysage audiovisuel
Les trois Régions demandent au CSA que les deux places réservées sur le premier multiplex de la TNT (télévision numérique terrestre) aux chaînes privées locales soient bien sanctuarisées et que l'État veille à ce que les prix facturés aux chaînes privées locales pour leur diffusion sur la TNT ne soient pas pénalisants pour leur exploitation.
Elles demandent aussi une contribution de l'État au financement des productions des chaînes privées locales...
Par ailleurs, les trois Régions se disent prêtes à appuyer des solutions de mutualisation de charges entre les chaînes privées des Dom.
DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
  • Octroi de mer
Nécessité de mettre en place un dispositif permettant un traitement équitable des produits issus de la production locale dans le cadre des relations entre le marché unique antillais et la Guyane.
  • Tourisme
  • mutualiser les actions de promotion.
  • favoriser la mise en place de cours d'éducation touristique.
  • obtenir la mise en place d'une offre " duty-free " .
  • développer le tourisme d'affaires par l'instauration d'un bureau des congrès.
  • Agroalimentaire et pêche
Favoriser le développement de projets avec pour objectif de satisfaire le marché local, la demande touristique et les marchés extérieurs à fort pouvoir d'achat.
Pour la pêche :
  • renforcer le partenariat dans l'exploitation et la conservation des ressources.
  • favoriser le développement des stratégies complémentaires sur la transformation et la commercialisation des produits de la mer.
Pour l'agroalimentaire :
  • engager des partenariats en recherche-développement sur des axes d'intérêt commun pour les trois régions (sur le volet agroalimentaire et le volet valorisation des plantes aromatiques et médicinales tropicales).
  • favoriser les échanges d'expériences et d'expertises, et encourager la mutualisation de moyens techniques et humains.
  • favoriser l'accès des entreprises agroalimentaires aux ressources et compétences des plateformes techniques régionales.
  • soutenir et développer des actions de formation.
  • Carburants
Réviser la structure des prix des carburants et la rendre transparente.
Mettre à la disposition des consommateurs un carburant au juste prix, tout en assurant la pérennisation de l'outil industriel de la Sara et une juste répartition entre les trois régions des efforts de péréquation et des retombées économiques.
TIC
Assurer des services de communications électroniques à des coûts proches de ceux constatés dans l'Hexagone.
CONTINUITÉ TERRITORIALE
La Guyane, la Martinique et la Guadeloupe souhaitent être intégrées dans les processus de décision et de gestion du dispositif de continuité territoriale et engager des discussions avec l'État...
GESTION INTERNE
  • Marchés publics
Faire de la commande publique un levier de développement économique par la mise en place en commun d'outils favorisant l'accès à la commande publique des TPE et entreprises artisanales et l'élargissement des perspectives de débouchés.
Coopérer en vue de la fluidification des transports inter-îles..
DÉVELOPPEMENT HUMAIN
  • Éducation et enseignement
Il est décidé de confier à l'université Antilles-Guyane le soin d'établir un schéma de l'enseignement supérieur permettant de rationaliser les filières de formation dans les trois régions.
Les trois collectivités se déclarent favorables à la création d'un institut de formation aux métiers de la santé aux Antilles et en Guyane.
DÉVELOPPEMENT DURABLE
  • Énergie
Les trois exécutifs conviennent d'engager une collaboration étroite et durable sur la question énergétique et de constituer une commission conjointe permanente qui travaillera à court terme en particulier pour :
  • parvenir à l'adoption de stratégies énergétiques coordonnées.
  • peser sur les gestionnaires de réseaux pour l'adaptation de ceux-ci, dans le but de favoriser le développement des énergies renouvelables et de réduire la vulnérabilité des réseaux vis-à-vis des risques naturels.
  • adopter des réglementations locales propres, entre autres, sous la forme de " labels Dom " ...
  • Environnement
  • partager sur les expériences réussies su les questions relatives à la gestion de l'eau au traitement des déchets et à la protection de la biodiversité.
  • échanger sur la mise en oeuvre des plan régionaux de gestion des déchets dangereux.
  • élaborer des stratégies régionales de la bio diversité...
EUROPE ET COOPÉRATION
  • Affaires européennes
Projet de création d'une représentation permanente commune à Bruxelles. Instauration d'un cadre de coordination en matière de gestion des fonds européens, en vue d'une simplification des procédures.
  • Coopération régionale
Élaboration d'une stratégie commune visant à accroître l'insertion régionale. Les trois Régions ont décidé de formuler une demande conjointe d'adhésion au Cariforum et à la Caricom. Elles demandent pour la Guyane l'adhésion à l'OTCA (Organisation du traité de coopération amazonien) et, pour la Guadeloupe et la Martinique, l'adhésion à l'OECS (Organisation des États de la Caraïbe de l'Est).

Source: franceantilles.fr

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